Un peuple de plus qui a tout compris. Et les fumoirs sont interdits !
Lettre adressée à chaque Conseillère et Conseiller d'Etat
Madame la Conseillère d'Etat
Monsieur
le Conseiller d'Etat,
Le Conseil d'Etat a mis en consultation un
avant-projet de décret concernant l'initiative
constitutionnelle «Fumée passive et santé». Nous y
avons répondu le 21 janvier 2008.
Cela étant, le Comité d'initiative «Fumée passive et
santé» a pris bonne note de votre rapport explicatif
accompagnant l'avant-projet de décret concernant
notre initiative. Dans la mesure où ce rapport
constitue l’une des pièces importantes du dossier qui
est communiqué aux députées et députés du Grand
Conseil pour leur fournir les informations sur
lesquels elles et ils vont fonder leur délibération
et décision, il nous semble de première importance
que les données contenues dans ce rapport soient
complètes et conformes à la réalité. Il est donc de
notre devoir d’attirer votre attention sur ce qui
nous apparaît comme des informations incomplètes ou
des inexactitudes contenues dans le rapport
susmentionné.
Nous faisons référence en particulier aux arguments
suivants, pour beaucoup balayés par l'arrêt du
Tribunal Fédéral du 28 mars 2007
Atteinte
à la liberté individuelle (votre
message du 10.09.07, page 5)
Réponse
du TF, point 5.2.4
« Il
est douteux que le fait de fumer ressortisse de la
liberté personnelle, il est plus douteux encore que
le droit constitutionnel protège la seule faculté de
fumer en tout lieux et à tout moment, en particulier
dans les lieux publics. »
Atteinte
à la liberté du commerce (votre
message du 10.09.07, page 5)
Réponse
du TF, point 7.4
« L'interdiction
de fumer dans les établissements publics tels que les
restaurants, les bars et les hôtels n'affecte pas
directement les exploitants dans le libre exercice de
leur profession. Il n'est au demeurant pas démontré
que l'interdiction de fumer entraînera une diminution
du chiffre d'affaires. »
En
ce qui concerne les fumoirs
Réponse
du TF, point 7.2
« …l'interdiction
de fumer présente des avantages déterminants du point
de vue du résultat recherché : seule une règle claire
et sans ambiguïté est à même d'engendrer un réel
changement dans les habitudes, tout en évitant de
nombreuses difficultés d'interprétation et
d'application . »
Le
droit fédéral prime le droit cantonal qui lui est
contraire (votre
rapport explicatif annexé à la procédure de
consultation du 12.12.07, page 2)
Réponse
du TF, point 4.1
« Le
principe de la force dérogatoire n'est pas non plus
violé dans la mesure où la loi cantonale vient
renforcer l'efficacité de la réglementation
fédérale. »
Sans conteste, l'initiative
n'est pas contraire au droit fédéral
!
Voir également l'avis de droit du professeur Tomas
Poledna annexé.
La
restriction d'un droit fondamental doit être
proportionnée au but visé (votre
message du 10.09.07, page 5)
Réponse
du TF, point 7.1
Le
principe de la proportionnalité exige qu'une mesure
restrictive soit apte à produire les résultats
escomptés (règle de l'aptitude) et que ceux-ci ne
puissent être atteints par une mesure moins incisive
( règle de la nécessité ) en outre, il interdit toute
limitation allant au-delà du but visé et il exige un
rapport raisonnable entre celui-ci et les intérêts
publics ou privés compromis.
Le Tribunal Fédéral a confirmé très clairement que
l'initiative «Fumée passive et santé» satisfaisait à
toutes les exigences de la proportionalité, et que
non seulement elle est apte à protéger efficacement
la population contre le tabagisme passif, mais en
plus qu'elle est nécessaire pour atteindre ce but.
Quant à la Convention cadre de l'OMS, ratifiée par
168 pays dont la Suisse, elle est d'une grande clarté
et ne laisse planer aucun doute sur les mesures
préconisées par l'arrêt du TF.
L'étendue
du texte de l'initiative paraît disproportionnée par
rapport aux autres dispositions
constitutionnelles (votre
rapport explicatif annexé à la procédure de
consultation du 12.12.07, page 2)
Toute constitution, aussi parfaite soit-elle, est
appelée à évoluer par le jeu de la démocratie directe
qui est une valeur fondamentale de notre pays. Or,
cette initiative est le témoignage clair d'une
volonté populaire et lui appartient, y compris dans
la formulation du texte et des précisions apportées.
Il n'est pas possible de faire obstacle à la volonté
populaire en lui opposant un excès de formalisme
juridique.
Incidences
incontrôlables en termes de nuissances
sonores (votre
message du 10.09.07, page 5)
Cet argument n'est fondé sur aucun fait avéré et est
purement spéculatif. Dans les pays ayant adopté des
mesures strictes de lutte contre le tabagisme passif,
on n'a pas observé d'augmentation notoire des
plaintes pour tapage nocturne.
Nous considérons de première importance qu’une mise
au point soit faite auprès des députées et députés
sur les points que nous venons de soulever. Il serait
en effet très préjudiciable au fonctionnement
démocratique que les élus du peuple basent leurs
décisions sur un important sujet de santé publique en
les fondant sur des informations trompeuses, parce
qu’incomplètes ou erronées. Nous vous saurions donc
gré de bien vouloir faire cette mise au point et nous
vous en remercions par avance.
Nous vous prions de croire, Madame la Conseillère
d'Etat, Monsieur le Conseiller d'Etat, à notre
parfaite considération.
Le
vice-président Daniel Schafer
Le président Michel Chapalay