France : les fumeurs sont satisfaits de la loi antitabac
Lettre à Mme Anne-Claude Demierre, Conseillère d'Etat
Madame Anne-Claude DEMIERRE
Conseillère d'Etat chargée de la Direction de la santé et des affaires sociales (DSAS)
Route des Cliniques 17
1701 FRIBOURG
Concerne : Initiative populaire « Fumée passive et santé »
Madame la Conseillère d'Etat,
Lors de
la conférence de presse que vous avez présidée le 9
mai 2008, vous avez fait deux déclarations qui ont
été rapportées par la presse et qui sont, selon nous,
susceptibles d’induire en erreur les citoyens et les
législateurs sur notre initiative. Nous vous écrivons
pour rétablir la vérité sur ces deux points, en nous
permettant de communiquer cette lettre à la presse,
puisque vos propos ont été rendus publics.
D’une part, vous avez déclaré que
« L'initiative
va trop loin. Elle ne permet par exemple pas de fumer
dans une chambre individuelle d'un EMS ou dans une
cellule de prison. »
C’est faux. Notre initiative reprend le texte de
l’initiative genevoise du même nom, avec la
modification proposée par le professeur de droit
constitutionnel Vincent Martenet, dont le principe
exclut du champ d’application de la loi proposée les
lieux de séjour à caractère fortement privatif (ce
qui est le cas d’une chambre individuelle d’un EMS).
Le Tribunal Fédéral, dans son arrêt du 28 mars 2007,
a entériné un tel principe. Il suffit de se référer à
la page d’exposé des motifs (voir pièce annexée) qui
accompagnait la feuille de signatures de l’initiative
pour en avoir confirmation. En effet, on peut lire
sur cette page, en gras, la remarque suivante :
« L’initiative
vise à protéger la population et le personnel. Elle
ne s’applique pas aux lieux de séjour à caractère
privatif très marqué, qui constituent des ‘substituts
de domicile’ à l’intérieur des bâtiments ou locaux
publics, dans la mesure où ils n’affectent pas cette
protection. »
Nous pouvions difficilement être plus clairs.
D’autre part, vous avez aussi déclaré, à propos de
l’initiative « Fumée passive et santé » du
canton de Genève que « les
Genevois rencontrent du reste d'énormes difficultés à
la mettre en pratique ».
En attendant que le Grand Conseil genevois vote une
loi d’application (probablement pour 2009), le
Conseil d’Etat a élaboré un règlement d’application
qui est prévu d’entrer en vigueur le
1er
juillet
2008. A ce stade, il semble donc pour le moins
prématuré d’invoquer des difficultés de mise en
pratique de ce règlement, à moins de lire le futur
dans le marc de café !
Vous comprendrez, Madame la Conseillère d’Etat, que
nous tenions à faire ces rectificatifs. En effet,
face à l’importante question de société que constitue
la protection de toutes et tous contre les méfaits du
tabagisme passif, il nous semble important que tant
les citoyens que les législateurs, fondent leurs
prises de position et leurs décisions sur des
informations pertinentes et fiables.
Nous vous souhaitons bonne réception de ce courrier
et vous prions de croire, Madame la Conseillère
d'Etat, à l'expression de notre parfaite
considération.
Le
vice-président Daniel Schafer
Le président Michel Chapalay
Le contre-projet est connu
Message du Conseil d'Etat au Grand Conseil
Lettre adressée aux membres de la commission ordinaire chargée de l'examen de l'initiative populaire
-
- Concerne : Initiative populaire « Fumée passive et santé »
Madame la
députée, Monsieur le député,
En votre qualité de membre de la commission ordinaire
qui devra se charger de l'examen de l'initiative
populaire «Fumée passive et santé» d'une part et,
d'autre part, du contre-projet et de sa variante
proposés par le Conseil d'Etat, nous tenons à vous
faire part de certaines observations qui pourront,
nous l'espérons, vous être utiles au moment de
prendre votre décision.
Tout d'abord, nous tenons à rappeler que le tabac¹
est le seul produit en vente libre qui tue un
consommateur sur deux lorsqu'il est utilisé
régulièrement selon les instructions du fabricant. La
fumée dégagée par la cigarette met aussi gravement en
danger la santé de l'entourage du fumeur. Une forte
majorité de la population ne veut plus en subir les
conséquences dans les lieux publics.
Cette volonté populaire, manifestée partout dans le
monde, a été l'élément déclenchant de notre
initiative «Fumée passive et santé». Elle en est le
reflet exact par sa précision et son égalité de
traitement pour tous les lieux publics fermés. A
Genève, la même initiative a été plébiscitée par
79,16% de oui lors de la votation populaire du 24
février 2008.
L'Exécutif cantonal vous a communiqué des
informations sur divers points qui pourraient être
pris en considération pour rejeter l'initiative. Par
courrier du 19 avril 2008 adressé à chaque
conseillère et conseiller d'Etat, nous avons tenu à
apporter les correctifs qui nous semblaient
indispensables pour rendre ces informations fiables.
Nous tenons par ailleurs à exprimer notre grande
satisfaction à l'égard de l'arrêt du Tribunal Fédéral
du 28 mars 2007, qui donne entièrement raison à notre
initiative et qui en consacre les principes
fondamentaux.
¹Le tabac
provient de la plante Nicotania
tabacum. Les
feuilles renferment un alcaloïde toxique :
la
nicotine, ainsi
que d'autres agents tels que la pyrolidine (également
un alcaloïde), l'acide malique, l'acide citrique,
l'asparagine, la carotine, etc. C'est un produit
létal.
Le contre-projet et sa variante proposés par le
Conseil d'Etat n'offrent aucune garantie à la volonté
citoyenne. Ils font preuve de beaucoup de largesses
et laissent la porte ouverte à toutes sortes
d'exceptions. Il est intéressant de relever que le
contre-projet reprend pratiquement le même texte que
celui proposé aux Chambres fédérales, projet reconnu
comme faible et sans efficacité et renvoyé en
commission. Quant à la variante suggérée, qui est le
maintien du statu
quo, ses
propositions sont en contradiction flagrante avec les
principes directeurs de l'OMS (voir copie jointe).
En tant que député(e), vous avez le devoir de
protéger la santé de la population contre toute
source de pollution. Vous prenez avec raison des
mesures très sévères en cas de pollution de l'eau et
envers de la marchandise alimentaire contaminée qui
est immédiatement retirée du marché. Agissez de même
contre la fumée passive dans les lieux publics
fermés.
Enfin, les coûts de la santé sont pour vous, Madame
la députée, Monsieur le député, une préoccupation
persistante. Vous avez là l'opportunité de prendre
une mesure efficace et sans frais pour en diminuer
sérieusement son impact sur le budget cantonal.
En conséquence, nous vous demandons d'assumer vos
responsabilités politiques en rejetant le
contre-projet du Conseil d'Etat dans sa totalité et
d'adhérer au texte de l'initiative, seul garant de
pouvoir respirer de l'air non pollué par la fumée du
tabac dans les lieux publics fermés.
Veuillez croire, Madame la députée, Monsieur le
député, à l'expression notre parfaite considération.
Le
vice-président Daniel Schafer
Le président Michel Chapalay
Lettre
adressée à la députée et à chaque député de la
commission.

